Federer/Nadal : destins croisés
A chacun ses doutes
Numéro 2 mondial en début de saison, Roger Federer a essuyé des larmes de frustration en finale de l'Open d'Australie et des interrogations sur sa capacité à terrasser Rafael Nadal. Comme les albums de Martine, les «Federer et l'urgence d'un coach », «Federer et le complexe Nadal », « Federer ne fait plus peur » ont fait fureur. Au comble de l'agacement, il craque et fracasse même une raquette lors de sa défaite (3-6, 6-2, 6-3) en demi-finale contre Novak Djokovic à Miami. Pour Rafael Nadal, le cathédrale s'effondre à Roland-Garros avec une première défaite Porte d'Auteuil. Le Majorquin vit un calvaire sur le central acquis à la cause de Robin Söderling et il repart en larmes à Majorque avec une défaite (6-2, 6-7 [2], 6-4, 7-6 [2]) en huitièmes de finale. Il ne dit rien, mais ses genoux le font souffrir. L'inquiétude se traduit par une conférence de presse improvisée au All England Lawn Tennis Club où l'Espagnol annonce son forfait. Il ne reprend la compétition qu'à Montréal en août. Entre-temps, il a perdu son titre à Wimbledon et sa première place mondiale. Mais ses soucis de santé ne sont pas terminés et s'accompagnent d'une douleur personnelle avec le divorce de ses parents. Son été est dur, très dur. Comme toujours, il ne dit rien, mais il s'est blessé aux abdominaux contre Petzschner à Montréal. Il poursuit dans la souffrance la tournée américaine qui se conclut par une demi-finale à l'US Open et une petite déchirure aux abdos... Il enchaîne les défaites, perd confiance et inversement.
Madrid, le tournant
Le 17 mai vers 18 heures dans la Caja Magica, son année bascule. Son 14e titre en Masters en 1000 (15 au total) relève de l'anecdote. Mais battre (6-4, 6-4) Rafael Nadal sur terre battue en finale, cela représente beaucoup dans son capital confiance : « C'est une source d'inspiration et de motivation, lance alors le champion. Je crois toujours en mes chances à Roland-Garros et j'y croirais jusqu'à ma dernière année de carrière.» Il ne croit pas si bien dire. Rafael Nadal vient de perdre gros, il est allé trop loin et ses genoux ont cédé. L'Espagnol ne voulait pas disputer le tournoi, il n'a pas osé faire l'impasse sur un Masters 1000 dans son pays et en demi-finale, il est allé au bout de ses forces pour vaincre Novak Djokovic après une demi-finale d'anthologie. Mais le coeur ne suffit pas...
Le passé, le présent et l'avenir
Cette saison, Roger Federer est passé par toutes les émotions pour vivre l'année de tous les bonheurs : mariage en mai, papa de jumelles le 23 juillet et quatre finales de Grand Chelem ponctuées par deux titres. A Roland-Garros, Roger Federer remporte le seul Grand Chelem qui manque à son palmarès et rejoint Andre Agassi, vainqueur de Grand Chelem sur toutes les surfaces. Sur sa lancée, il décroche son 6e titre à Wimbledon et bat le record de Grand Chelem (15) de Pete Sampras après un combat épique (5-7, 7-6 [6], 7-6 [5], 3-6, 16-14 en 4h16') contre Andy Roddick. Puis le champion célèbre sa paternité par un titre à Cincinnati et passe à un fil de gagner l'US Open. La fin de saison s'avère plus laborieuse. Après tous les bonheurs, il lui faut de nouveaux challenges et raviver la flamme. Rafael Nadal vit la même situation que Roger Federer début 2009. Les interrogations pleuvent sur lui : « Peut-il retrouver son niveau ? », « N'a-t-il pas trop tiré sur son physique ? », etc. Comme son aîné, il ne devrait pas tarder à donner une réponse cinglante. Un champion n'oublie jamais le goût des victoires. S.D.
