Pas de "Thriller" à Wimbledon

L'ennui gagnerait-il les travées de Wimbledon ? Si la pluie londonienne ne gâche pas la fête, le spectacle tarde d'être au rendez-vous. Si le phénomène Murray tient en haleine autant que la marche de Federer vers son 6e titre, aucun match n'a encore retenu l'attention. Jusqu'à quand ?
PAS DE NADAL, MOINS D'EMOTION
Un seul N.1 mondial vous manque et tout un tournoi est dépeuplé. Encore sous le choc de sa défaite à Roland-Garros et de son forfait à Wimbledon, nous voici à la fin de la première semaine du tournoi comme des âmes en peine dans la partie haute du tableau. Tandis que Roger Federer parade de l'autre côté logiquement (depuis 2003, c'est lui qui avait les honneurs du tenant du titre, et cette année c'est tout comme), on se demande qui va pouvoir rivaliser avec le Suisse renaissant.
Derrière la "Murray mania" qui gagne tout le village et la sympathie qu'inspire l'obstination d'Andy Roddick à revenir se briser régulièrement sur le mur Federer, c'est flou. Novak Djokovic est content d'être dans l'ombre et Jo-Wilfried Tsonga vient de perdre. Ivo Karlovic produit ses aces en série dans son coin et seul un Robin Söderling en pleine forme nous laisse rêveurs : Va-t-il encore se montrer blagueur après son match contre Federer ?
PAS DE MATCH TRANCENDANT

Ce qui pénalise surtout le tournoi pour l'instant, c'est le manque de match à sensation. On évoque ici la lenteur du gazon, la mollesse des balles ou la météo déroutante (oui, on avait prévu la pluie pour vendredi, et non on n'a pas encore utilisé la nouveauté : le nouveau toit), mais les joueurs n'y mettent pas du leur. Lleyton Hewitt et ses "Come on" nostalgiques ont fait chuter la tour de Tandil (Del Potro), cela ne suffit pas pour enflammer le central. Les plongeons de Robert Kendrick ont fait sourire, les courses désespérés de Julien Benneteau ont amusé Novak Djokovic, mais il a fallu attendre le cinquième set longtemps très sobre (et magnifique à la fin, c'est vrai) du match entre Tommy Haas et Marin Cilic pour voir le central lancer une "Ola" revigorante.
DES FRANÇAIS FRILEUX
Après Roland-Garros, les Français qui tentent d'oublier leur défaite ont pris pour habitude de se refaire la cerise (la fraise en version originale) à Wimbledon. Cette année, on regrette déjà Roland-Garros. Tsonga a subi la loi explosive de Karlovic mais sans passion, Bartoli, étouffée par une Schiavone opportuniste, n'a pas réussi à passer le 3e tour pour la 2e année de suite, Monfils et Gasquet sont cruellement absents, Simon avance à l'aveuglette et personne pour réussir une perf' mémorable. On attend donc beaucoup de Mauresmo et Razzano toujours en lice dans le tableau dames.
CE QUI PEUT TOUT CHANGER

Est-ce qu'un outsider pourra émerger du bas de tableau et donner des sueurs froides à Roger Federer? Robin Söderling pourrait bien être de ceux-là. Le géant suédois reste sur une dizième défaite de suite en finale de Roland-Garros. Sachant qu'aucun autre joueur n'a réussi pareil "exploit", saura-t-il trouver la clé pour éviter un onzième revers face au Suisse sur sa pelouse favorite ? Après Müller au 1er tour, puis deux terriens espagnols, la tâche s'annonce bien plus dure qu'à Roland-Garros pour prendre le pas sur le N.2 mondial. Mais leurs retrouvailles, attendues depuis le début du tournoi, pourraient offrir plus de spectacle à ce tournoi pour l'instant sans artifice.
Dans le rôle de détonateurs, Andy Roddick pourrait bien faire le travail d'artificier en haut de tableau. Sérieusement dégarni depuis les disparitions de Nadal et Del Potro, l'Américain s'annonce comme l'homme à battre dans le premier quart du tableau. En vue, Jurgen Melzer au 3e tour, puis Davydenko ou Berdych, puis encore Lleyton Hewit si l'Australien retrouve son niveau de jeu qui l'a sacré à Londres en 2002. Avant de viser une éventuelle 3e finale, il devra faire face au phénomène local en demi-finale. Andy Murray est le dernier Britannique en lice et c'est lui qui tient le public en haleine. Une finale face à l'autre attraction (Federer) permettrait de finir la quinzaine en beauté. Et que dire si un Français s'immisce...