Tennis - ATP - Bercy
Les manques de Tsonga
Il manque l'étincelle. Il manque l'insouciance. Il manque la folie. Après sa défaite (7-5, 7-5) contre Rafael Nadal en quart de finale, synonyme d'adieu à la qualification directe pour le Masters, Jo-Wilfried Tsonga ne retient que les manques : le « manque de réalisme », « les occasions manquées », le « manque de relâchement »... En bon perfectionniste, il n'aime pas le moyen-bon et cette saison lui laisse un goût de platitude et d'inachevé comme son match : «Cela reflète ma saison. Je joue bien même très bien, je me procure des occasions, mais je ne tue pas le match sur ces balles.» Pour le Masters de Londres, il ne traversera la Manche, uniquement s'il est premier remplaçant.
Il manque l'étincelle. Mais il tombe aussi et surtout contre le vrai Nadal au service retrouvé et à l'intelligence de jeu impeccable. «J'ai joué, et de loin, le meilleur match de ma semaine, sans doute le meilleur match depuis mon retour de blessure», se félicite le Majorquin qui doit affronter en demi-finale Novak Djokovic. Sur les cinq balles de break dans ses deux premiers jeux de service, le Majorquin délivre un ace, deux astucieux services slicés sur le revers, un incroyable lob de revers et une somptueuse demi-volée amortie. Pourtant Jo-Wilfried Tsonga joue très bien en début de match, mais il ne concrétise pas ses occasions et se sent «un peu comme l'attaquant qui ne marque pas de but pendant des mois, qui tape quinze fois le poteau, ou qui voit le gardien faire un super arrêt». Pourquoi ce manque de réalisme ? « Il y a peut-être un peu de crispation ou de manque de relâchement. Je ne sais pas. » Il y a aussi ses douleurs au poignet, mais il préfère éluder le problème. La veille, il a préféré déclarer forfait en double car il avait mal et pendant le match, ses grimaces et ses gestes trahissent sa gêne. Mais l'excuse serait trop simple : « J'ai joué à 100% quand même, c'est juste que c'est désagréable. Mais on a tous des petits trucs, il faut faire avec.»
«Je suis un peu comme l'attaquant qui ne marque pas de but pendant des mois, qui tape quinze fois le poteau, ou qui voit le gardien faire un super arrêt»
Il manque l'étincelle. En perdant son insouciance, il a dû apprendre à gérer... C'est presque un gros mot pour un homme qui adore flamber. Il a dû gérer sa notoriété, le regard des autres et ses propres attentes. « L'année dernière, c'était nouveau. Je fonçais dedans, je n'avais rien à perdre. Cette année, c'est un peu difficile. On découvre un peu tout : quand tu rates une balle ou un truc important dans un match et que tu perds, tu perds un peu plus que le match. De temps en temps, tu te fais critiquer dans la presse, les gens ne comprennent pas. Forcément, il y a un peu moins d'insouciance, résume le Français. Cela nous arrive de tellement en vouloir qu'on rate. » Jo-Wilfried Tsonga aime les coups d'éclat et sa saison ne « le fait pas rêver ». « Je serais content si j'étais 100e mondial en gagnant Roland-Garros. Etre 10e mondial, c'est très bien, ce n'est pas donné à tout le monde, essaie de se convaincre le numéro 1 français. Je suis fier de ce j'ai fait au jour le jour, mais j'ai forcément envie de mieux. Mieux, ce serait gagner un Grand Chelem, être top 5 ou top 3, progresser, faire mieux. » Pour faire mieux, il se concentre toujours sur l'endurance, la perte de poids et le travail sur le retour. Il manque peut-être l'étincelle, mais sa lucidité éclaire son avenir.
