
Certains visages illustrent mieux un match qu'un long discours. En conférence de presse, Novak Djokovic apparaît K.-O. debout. Quand Rafael Nadal arrive dans la salle de presse, il prend les choses en main. Le micro ne marche pas alors il passe aux interviews télévisées avant de revenir parler à la presse écrite. Quand le son fonctionne, c'est lui qui pose la première question ! Il ne se souvient plus combien de balles match il a dû sauver ? Trois, Rafa. Et combien de temps le match a duré ? Quatre heures, Rafa. L'anecdote peut prêter à sourire. Pourtant elle démontre tout simplement que le numéro un mondial joue vraiment point après point. Ce n'est pas un simple théorème pour fort en maths. C'est sa philosophie. «Si j'avais perdu, j'aurais bien sûr été déçu sur le moment. Mais demain, j'aurais été content d'avoir vécu un tel match», résume avec sincérité le Majorquin, qui totalise désormais trente-trois victoires consécutives sur terre battue. Et pourtant, il a marché sur l'arête de la falaise pendant tout le match.
Novak Djokovic doit maintenant affronter l'autre Nadal, le vrai avec ses gifles de coup droit, ses passings en bout de course et ses "vamos" tonitruants. Malgré des jambes de plus en plus lourdes, le Serbe ne se démonte pas et continue à produire un grand niveau de jeu pour breaker le premier et mener 3-1. Mais le numéro 1 mondial retrouve bien sa panoplie de super-héros de l'Espagne pour débreaker dans la foulée. Quand le jeu touche le coeur, Rafael Nadal n'est jamais aussi fort. Quand la "bête" est blessée, elle se cabre, à l'image de sa première balle de match sauvée après un échange énorme sur un coup droit gagnant en décalage à 6 points à 5 au tie-break de la troisième manche. Sur sa deuxième balle de match à 7 points à 6, Novak Djokovic en appelle au ciel et se signe. Rafael Nadal lui inflige un terrible droite-gauche et un nouveau coup droit gagnant. Il en reste une à 9 points à 8. L'Espagnol l'efface avec une première balle. Deux nouvelles gifles de coup droit lui offrent le match. Il s'écroule les bras en croix. Une image bien connue mais inédite en demi-finale d'un Masters 1000. Il offre gentiment son bandeau à un enfant accouru sur le court et le public entonne des "Rafa" par vagues sonores et se prosterne. Rafael Nadal possède deux vertus cardinales : le coeur et la raison.
Source: www.lequipe.fr