samedi 16 mai 2009

Nadal vs Djokovic (1/2 Finale Masters 1000 de Madrid) - Dans la presse...


Après avoir sauvé trois balles de match et avoir vécu un début de match cauchemardesque, Rafael Nadal se qualifie samedi pour la finale en dominant (3-6, 7-6 [5], 7-6 [9]) Novak Djokovic après un combat dantesque de 4h02'. Pour la première fois de la saison sur terre, l'Espagnol retrouve en finale Roger Federer, tombeur (6-3, 6-4) de Juan Martin Del Potro.

Certains visages illustrent mieux un match qu'un long discours. En conférence de presse, Novak Djokovic apparaît K.-O. debout. Quand Rafael Nadal arrive dans la salle de presse, il prend les choses en main. Le micro ne marche pas alors il passe aux interviews télévisées avant de revenir parler à la presse écrite. Quand le son fonctionne, c'est lui qui pose la première question ! Il ne se souvient plus combien de balles match il a dû sauver ? Trois, Rafa. Et combien de temps le match a duré ? Quatre heures, Rafa. L'anecdote peut prêter à sourire. Pourtant elle démontre tout simplement que le numéro un mondial joue vraiment point après point. Ce n'est pas un simple théorème pour fort en maths. C'est sa philosophie. «Si j'avais perdu, j'aurais bien sûr été déçu sur le moment. Mais demain, j'aurais été content d'avoir vécu un tel match», résume avec sincérité le Majorquin, qui totalise désormais trente-trois victoires consécutives sur terre battue. Et pourtant, il a marché sur l'arête de la falaise pendant tout le match.

Entre la raison et la passion, son coeur a longtemps balancé. Pendant deux heures, Rafael Nadal grimace, multiplie les fautes directes, se tient les mains sur les hanches et dodeline de la tête pour illustrer sa désapprobation sur sa qualité de jeu. En face, Novak Djokovic ne bouge pas de sa ligne de fond et distribue parfaitement le jeu. Quand le kiné arrive pour bander son genou droit à (3-6, 1-2) et lui donner des anti-inflammatoires, les aficionados commencent à sérieusement s'inquiéter. Et la question de s'économiser en vue de Roland-Garros taraude tous les esprits. La raison peut pousser le Majorquin à un repos bien mérité. La passion le guide vers sa nature profonde, le combat. Il ne joue pas bien, mais se bat encore et toujours. Il ne peut pas lâcher devant ce public qui le vénère. Il ne peut pas lâcher tout simplement car il n'est pas constitué de ce bois-là. Il sauve quatre balles de break dans la deuxième manche à l'image de ses deux services gagnants à 4-5 (15-40). Plus l'adrénaline monte, mieux il joue. Au tie-break, ses frappes deviennent plus violentes et il fait craquer le 4e mondial. Le public l'ovationne et le match change de dimension.

Novak Djokovic doit maintenant affronter l'autre Nadal, le vrai avec ses gifles de coup droit, ses passings en bout de course et ses "vamos" tonitruants. Malgré des jambes de plus en plus lourdes, le Serbe ne se démonte pas et continue à produire un grand niveau de jeu pour breaker le premier et mener 3-1. Mais le numéro 1 mondial retrouve bien sa panoplie de super-héros de l'Espagne pour débreaker dans la foulée. Quand le jeu touche le coeur, Rafael Nadal n'est jamais aussi fort. Quand la "bête" est blessée, elle se cabre, à l'image de sa première balle de match sauvée après un échange énorme sur un coup droit gagnant en décalage à 6 points à 5 au tie-break de la troisième manche. Sur sa deuxième balle de match à 7 points à 6, Novak Djokovic en appelle au ciel et se signe. Rafael Nadal lui inflige un terrible droite-gauche et un nouveau coup droit gagnant. Il en reste une à 9 points à 8. L'Espagnol l'efface avec une première balle. Deux nouvelles gifles de coup droit lui offrent le match. Il s'écroule les bras en croix. Une image bien connue mais inédite en demi-finale d'un Masters 1000. Il offre gentiment son bandeau à un enfant accouru sur le court et le public entonne des "Rafa" par vagues sonores et se prosterne. Rafael Nadal possède deux vertus cardinales : le coeur et la raison.

Source: www.lequipe.fr